Un dossard UTMB et un entretien d'embauche ont plus de choses en commun qu'on ne le pense.

Il y a quelques années encore, pour prendre le départ d'une course mythique, il suffisait d'être performant. On courait des qualificatifs, on affichait un chrono, et la ligne de départ s'ouvrait. Simple, presque brutal : la performance décidait de tout.

Aujourd'hui, ce n'est plus vrai. Pour espérer un dossard sur les courses les plus convoitées, il faut accumuler des points sur plusieurs saisons, participer à un tirage au sort, construire un historique de courses cohérent, parfois même justifier un engagement associatif ou du bénévolat. La performance ne suffit plus. Il faut un profil.

La sélection n'est plus seulement sportive, elle est devenue marketing

C'est exactement ce qui s'est passé avec la recherche d'emploi, et personne ne semble s'en étonner. On a longtemps cru qu'un bon CV et de bonnes compétences suffisaient à ouvrir une porte. Ce n'est plus le cas.

Aujourd'hui, un candidat doit :

On accuse souvent l'algorithme, le fameux ATS qui « rejetterait » les CV avant qu'un humain ne les voie. Une étude menée en 2026 auprès de recruteurs nuance sérieusement cette idée reçue : 92 % d'entre eux affirment que leur outil ne rejette pas automatiquement une candidature sur la base de sa mise en forme ou de son contenu (Enhancv, 2026). Le vrai goulot d'étranglement, c'est le volume : certaines offres attirent entre 400 et plus de 2 000 candidatures en quelques jours. Ce n'est pas une machine qui vous élimine froidement. C'est un humain débordé qui doit trancher vite, avec les mêmes réflexes qu'un organisateur de course face à trop de demandes de dossards.

Dans les deux cas, le mérite pur ne suffit plus. Il faut être visible, cohérent, et savoir se présenter comme une histoire qu'on a envie de suivre plutôt que comme une simple liste de compétences.

La performance ouvrait une porte. Aujourd'hui, c'est le récit qui l'ouvre.

Ce que ça change, concrètement

Je ne dis pas que c'est injuste. Je dis que c'est un fait, et qu'il vaut mieux le comprendre que le subir. Un organisateur de course construit un système de sélection pour gérer la rareté et raconter une histoire de communauté. Une entreprise fait la même chose : elle ne cherche plus seulement une compétence, elle cherche un profil qui colle à une narration, à une culture, à une image qu'elle veut projeter.

Et le temps que ça prend n'a rien d'anecdotique : au premier trimestre 2024, un demandeur d'emploi restait inscrit en moyenne 323 jours avant de retrouver un poste (HelloWork, données France Travail). Plus de dix mois pendant lesquels le récit qu'on porte compte autant que les compétences qu'on liste.

C'est là que je me situe aujourd'hui : entre deux sentiers. Entre un métier que je maîtrise, la communication, et un secteur qui me fascine, l'outdoor. Je n'ai pas de dossard à présenter. Mais j'ai un regard, une manière de lire ce qui se joue derrière les kilomètres, et c'est exactement ce que je viens documenter ici.

Et vous, dans votre parcours, professionnel ou sportif, à quel moment avez-vous senti que la performance seule ne suffisait plus ?