J'ai l'impression qu'on a parfois oublié une chose dans le monde du trail.

On voit beaucoup de personnes partager leurs cent kilomètres, leurs cinq mille mètres de dénivelé, leurs semaines à plus de cent kilomètres d'entraînement. Et c'est génial. Vraiment. Ce sont des histoires de dépassement qui méritent d'être racontées.

Mais il ne faudrait pas oublier que l'outdoor, ce n'est pas uniquement ça.

Le cinq kilomètres après le travail

Courir cinq kilomètres après le travail, dans le noir, avec une lampe frontale et pas grand-chose d'autre. Faire une sortie en forêt le dimanche matin, sans objectif de vitesse. Découvrir un nouveau sentier avec des amis, s'arrêter pour discuter, marcher un peu dans la montée. C'est aussi ça, le trail. C'est même, très probablement, la réalité de la majorité des gens qui pratiquent.

Les chiffres le confirment : la France a compté 1,44 million de finishers trail en 2025, soit une hausse de 150 % en dix ans, et le trail représente désormais 22 % des pratiques de course déclarées, presque à égalité avec la route (u-Trail, chiffres officiels du running et du trail 2026). Un mouvement de masse, très loin des seuls ultras qui occupent les fils d'actualité.

Pourquoi cette image dominante pose problème

C'est un vrai sujet dans l'outdoor aujourd'hui : la déconnexion entre l'image renvoyée par les réseaux et la réalité de la pratique. Beaucoup de contenus sont devenus très « performance » : ultras, dénivelés impressionnants, équipement haut de gamme, paysages spectaculaires. C'est inspirant. Mais ça crée aussi, sans le vouloir, une barrière pour ceux qui débutent ou qui pratiquent simplement, pour le plaisir.

Élargi à l'ensemble de la course à pied, le constat est encore plus net : 12,4 millions de Français pratiquent la course à pied régulièrement, soit près d'un Français sur cinq, la grande majorité loin des ultras et des podiums (Union Sport & Cycle, Observatoire du Running 2025). Les meilleures marques outdoor l'ont compris depuis longtemps : elles ne veulent pas parler qu'aux experts. Elles veulent construire une communauté, et une communauté, ça se compose autant du pratiquant régulier que de celui qui prépare son premier trail, de celui qui marche en montagne, de celui qui découvre la nature pour la première fois.

La montagne n'appartient pas seulement à ceux qui vont vite ou qui vont loin. Elle appartient aussi à ceux qui prennent simplement le temps d'y aller.

Conclusion personnelle

C'est aussi ça que j'ai envie de raconter avec Entre 2 sentiers. Pas seulement l'exploit et la performance, mais la sortie du dimanche, le cinq kilomètres après le travail, le sentier découvert avec des amis. Parce que c'est là, je crois, que se construit vraiment l'attachement durable à l'outdoor, pas seulement dans la performance de quelques-uns.

Quelle a été votre dernière sortie « sans enjeu », celle qui n'était ni un entraînement, ni une course, juste une envie d'y aller ?